« We are all travellers »

« Nous sommes tous des voyageurs »

Conde Nast Traveller India cover photo

http://www.bbc.com/news/world-asia-india-37676903

« We must recognise that we are all on a journey. Whether we are moving across oceans or just a few kilometres, or in our mind’s eye, into a completely different world, whether we are doing so due to free will or circumstance – we are all travellers. »

Rencontre-discussion avec Houria Bouteldja à propos de « Les Blancs, les Juifs et nous »

« Ils ont le monopole de tout, on n’a pas droit à la parole. »

~

« Des vieux staliniens du Monde diplomatique aux totos de Montreuil, des bien pensants du Nouvel Observateur aux ex-gauchistes de Libération, tous sont tombés d’accord : le livre d’Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, est raciste, identitaire, homophobe, ignorant de l’histoire, balayé par des torrents essentialistes et religieux et – l’adjectif qui tue – antisémite. »

http://www.lafabrique.fr

~

« Je vais finir par un avertissement. Mon propos pourra peut-être être perçu comme provocateur mais je vous assure qu’il ne l’est pas. Je fais partie d’une organisation politique confrontée à des dilemmes et à des choix parfois cornéliens dans un contexte idéologique français très difficile et dans lequel la pensée politique est policée, bridée et si mes propos semblent provocateurs c’est moins à cause de leur nature qu’à cause de la pauvreté du débat, du renoncement progressif à la confrontation et d’un certain amour du consensus mou. Notre but est de nous donner les moyens théoriques et politiques d’avancer dans un projet de transformation sociale et cet objectif ne tolère ni la pensée molle, ni le compromis, ni la démagogie. »

(http://indigenes-republique.fr/race-classe-et-genre-une-nouvelle-divinite-a-trois-tetes-2/)

« La gauche française déteste le mot race. Essayer de faire dire à un Français de gauche une phrase contenant l’expression « race chevaline » et, si vous savez vous montrer attentif aux nuances de son intonation, vous ne manquerez pas de percevoir un léger tressaillement de sa voix au moment où il prononcera le mot « race ». Rapporté aux êtres humains, le terme lui fait carrément horreur. Il est convaincu en effet que chaque fois qu’une personne, en France ou ailleurs, prononce ou écrit le mot « race », le racisme progresse d’un degré. Vous le dite 1000 fois, le racisme progresse 1000 fois. C’est donc un mot tabou qu’il ne faut évoquer qu’avec une infinité de précautions. La première des précautions consiste évidemment à le faire suivre d’un long commentaire rappelant que les races n’ont aucune réalité biologique : l’humanité est Une. La deuxième est de l’entourer de guillemets pour signifier que le terme est malpropre. A l’oral, le conférencier ne manquera pas de l’accompagner d’un geste bien connu qui consiste à présenter ses deux mains au public, l’index et le majeur dressés, effectuant deux ou trois mouvements descendants sur quelques centimètres ; la vigueur avec lequel ce geste est effectué manifeste le plus ou moins de dégoût que ressent le conférencier vis-à-vis du terme « race », que l’importance de sa contribution à la réflexion collective lui impose cependant de prononcer. »

Sadri Khiari – Les mystères de l’« articulation races-classes »

(http://indigenes-republique.fr/les-mysteres-de-l-articulation-races-classes/)

« L’objet «islamophobie» complète le dispositif de fermeture de la réflexion, car son objectif vise à mettre en cause la culture «blanche néocoloniale» dans son rapport à l’autre – source d’une prétendue radicalité – sans interroger en retour les usages idéologiques de l’islam. Il complète paradoxalement l’effort de déconstruction de la République opéré par les religieux salafistes, main dans la main avec les Indigènes de la République et avec la bénédiction des charlatans des «postcolonial studies» – une autre imposture qui a ravagé les campus américains et y a promu l’ignorance en vertu, avant de contaminer l’Europe. »

Gilles Kepel – «Radicalisations» et «islamophobie» : le roi est nu

http://www.liberation.fr/debats/2016/03/14/radicalisations-et-islamophobie-le-roi-est-nu_1439535

« La seule chose qui peut dédouaner l’auteure des Blancs, les Juifs et Nous est le déni qu’entretiennent depuis longtemps la gauche en général et le PS en particulier sur la question postcoloniale. Résultat, Houria Bouteldja y répond de manière ahurissante. Mais la faute ne décrédibilise pas l’interrogation. Alors qu’au Royaume-Uni, une partie des cercles travaillistes s’est penchée sur le sujet depuis longtemps, la gauche française fait mine que tout continuera à bien se passer, et ne fait toujours pas son aggiornamento postcolonial. L’enjeu est pourtant celui de sa réinvention, de son adéquation à la société contemporaine. Tant qu’elle ne le fera pas, le champ sera libre aux fulgurances pyromanes. »

Clément Ghys – La dérive identitaire de Houria Bouteldja

http://www.liberation.fr/debats/2016/05/24/la-derive-identitaire-de-houria-bouteldja_1454884

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies, de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »

Aimé Césaire – Discours sur le colonialisme

« … la multitude des faits que j’avais vécus depuis l’enfance, souvent en apparence incohérents ou contradictoires, s’organisaient … dans des constellations dynamiques. Comment le Colonisateur pouvait-il, a la fois, soigner ses ouvriers et mitrailler périodiquement une foule colonisée ? Comment le Colonisé pouvait-il à la fois se refuser si cruellement et se revendiquer d’une manière si excessive ? Comment pouvait-il à la fois détester le Colonisateur et l’admirer passionnément (cette admiration que je sentais, malgré tout, en moi) ? C’était de cela que j’avais surtout besoin moi-même : mettre de l’ordre dans mes sentiments et mes pensées, y accorder peut-être ma conduite. Par tempérament et par éducation, j’avais besoin, il est vrai, de le faire avec rigueur et d’en poursuivre les conséquences aussi loin que possible. Si je m’étais arrêté en chemin, si je n’avais pas tenu compte de tous les faits, si je n’avais pas essayé de rendre cohérents entre eux tous ces matériaux, jusqu’à les reconstruire en Portraits et jusqu’à ce que les Portraits se répondent les uns aux autres, je n’aurais guère réussi à me convaincre, et je serais resté insatisfait surtout de moi-même. Mais je commençais à entrevoir, en même temps, de quel appoint pouvait être, pour des hommes en lutte, la simple description, mais rigoureuse, ordonnée, de leurs misères, de leur humiliation et de leur condition objective d’opprimé. Et combien explosive pouvait être la révélation à la conscience claire du Colonisé comme du Colonisateur, d’une situation explosive par nature. Comme si le dévoilement de l’espèce de fatalité de leurs itinéraires respectifs rendait la lutte de plus en plus nécessaire, et l’action de retardement de l’autre plus désespérée. Bref, le livre m’avait échappé des mains.

Dois-je avouer que je m’en effarai un peu ? Après les Colonisés explicites, les Algériens, les Marocains ou les Noirs d’Afrique, il commença à être reconnu, revendiqué et utilisé par d’autres hommes dominés d’une autre manière, comme certains Américains du Sud, les Japonais ou les Noirs américains. Les derniers en date furent les Canadiens français qui m’ont fait l’honneur de croire y retrouver de nombreux schémas de leur propre aliénation. »

Albert Memmi – Portrait du colonisé

« Toujours vous passez à côté de nous, et toujours vous nous ratez. […] La véritable rencontre ne peut se faire qu’au croisement de nos intérêts communs – la peur de la guerre civile et du chaos – là où pourraient s’annihiler les races et où pourrait s’envisager notre égale dignité. Je me demande si ce n’est pas là l’espace de l’amour. L’amour révolutionnaire. Pourquoi resterions-nous cloîtrés dans les frontières de l’Etat-nation ? Pourquoi ne pas réécrire l’histoire, la dénationaliser, la déracialiser ? Votre patriotisme vous force à vous identifier à votre État. Vous fêtez ses victoires et pleurez ses défaites. Mais comment faire histoire ensemble quand nos victoires sont vos défaites ? Si nous vous invitions à partager l’indépendance algérienne et la victoire de Dien-Bien-Phu avec nous, accepteriez vous de vous désolidariser de vos États guerriers ? Nous avons une proposition plus intéressante. Elle vous a été faite par le passé, il y a bien longtemps, par feu C.L.R. James qui était déjà un adepte de l’amour révolutionnaire : ‘Ils sont mes ancêtres, ils sont mon peuple. Ils peuvent être les vôtres, si vous voulez bien d’eux’. James vous offre comme mémoire ses aïeux nègres qui se sont levés contre vous et qui en le libérant lui, vous ont libérés vous. Il dit en substance, changez de Panthéon, c’est ainsi que nous ferons Histoire et Avenir ensemble. Ça a quand même plus de gueule que ‘nos ancêtres les Gaulois’, vous ne trouvez pas ? »

Houria Bouteldja – Les Blancs, les Juifs et Nous

Pour Houria Bouteldja, lettre ouverte à Serge Halimi

https://blogs.mediapart.fr/gavroche/blog/030816/pour-houria-bouteldja-lettre-ouverte-serge-halimi

« Cela paraît de prime abord paradoxal : est-ce en épousant la mémoire particulière des opprimés, des « indigènes », qu’on pourra « dénationaliser » et « déracialiser » ? Est-ce en faisant nôtres leurs « aïeux », leur « race », que « nous ferons Histoire et Avenir » ensemble ? Pour saisir la logique de l’argument, il faut revenir à l’avertissement au lecteur : les catégories de « Blancs », de « Juifs », de « Femmes indigènes » et d’ « indigènes », écrit-elle, « sont des produits de l’histoire moderne au même titre qu’’ouvriers’ ou ‘femmes’ » (p. 13). Autrement dit, de même que Marx et Engels, bien que d’origine bourgeoise, ont épousé la cause des « ouvriers », de même qu’ils ont fait leur l’histoire du prolétariat, sa mémoire et ses aïeux, serfs et esclaves, de même les « Blancs » peuvent s’identifier aux « indigènes », à leur histoire, à leurs aïeux, à leur « race ». L’histoire particulière d’une émancipation est en effet immédiatement universalisable, et c’est pourquoi on peut la faire subjectivement sienne bien qu’y étant empiriquement étranger. C’est apparemment le sens de la proposition de James, « adepte de l’amour révolutionnaire ». Et je partage sans réserve sa vision : je fais mienne sa « race », je fais miens ses aïeux « noirs », comme je fais miens les aïeux du prolétariat « blanc », comme je fais miens les aïeux arabes de Bouteldja, ces ouvriers qui furent en France à l’avant-garde de la politique d’émancipation et frayèrent Mai 68, et le continuèrent après que la majeure partie des étudiants « blancs » soient rentrés dans le rang. (Je renvoie notamment à ce sujet au livre de S. Khiari plus haut cité [La contre-révolution coloniale en France]). »

Ivan Segré – Une indigène au visage pâle : Compte-rendu du livre de Houria Bouteldja : Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire

https://lundi.am/Une-indigene-au-visage-pale

Ivan Segré : « Être à l’affût de toutes les convergences progressistes »

(http://www.revue-ballast.fr/ivan-segre/)

Publicités