Paris, le véritable climat de l’activité de la cervelle humaine.

                             Moi, il n’y a que les Parisiens qui m’intéressent… Les provinciaux, les paysans, tout le reste de l’humanité enfin, c’est pour moi de l’histoire naturelle.

            Je suis frappé du provincialisme de tous ces Parisiens rentrant, un petit sac à la main. Je n’aurais jamais pu croire que huit mois d’absence du centre du chic enlevassent ainsi à des individus le caractère, la marque dite indélébile du parisianisme.

On ne se figure pas, à l’heure présente, l’aspect provincial d’un grand café de Paris. A quoi cela tient-il? Peut-être à la rareté des garçons, à cette lecture éternelle du même journal, à ces groupes qui se forment au milieu du café, et causent de ce qu’ils savent, comme on cause des choses de la ville dans une petite ville, enfin à cet enracinement hébété, en ce lieu, où autrefois posaient, avec la légèreté d’oiseaux de passage, des gens distraits par de légères pensées, et qu’attendaient, dehors, le plaisir et les mille distractions de Paris.

Goncourt – Journal

                      …la France, où il n’y a que Paris et les provinces éloignées qui soient quelque chose, parce que Paris n’a pas pu encore les dévorer.

Montesquieu – Correspondance

La centralisation nous a tous groupés à Paris…

Jean-Paul Sartre – Qu’est-ce que la littérature ?

                            Paris, devenu de plus en plus le seul précepteur de la France, achevait de donner à tous les esprits une même forme et une allure commune.

Alexis de Tocqueville – L’Ancien régime et la Révolution

What will be the result at Nancy? The answer was in effect the same from all I put this question to: We are a provincial town, we must wait to see what is done at Paris; but every thing is to be feared from the people, because bread is so dear, they are half starved, and are consequently ready for commotion.— This is the general feeling; they are as nearly concerned as Paris; but they dare not stir; they dare not even have an opinion of their own till they know what Paris thinks…”

Arthur Young – Travels in France during the Years 1787, 1788, 1789

« Quel sera le résultat à Nancy ? La réponse était en effet la même pour tous ceux à qui je posais la question : Nous sommes une ville de province, nous devons attendre pour voir ce que l’on fait à Paris ; mais tout est à craindre du peuple, parce que le pain est si cher, ils sont à moitié mort de faim, et sont par conséquent prêts à se soulever. — C’est le sentiment général ; ils sont presqu’aussi inquiets que Paris ; mais ils n’osent pas bouger ; ils n’osent même pas avoir une opinion qui leur soit propre jusqu’à ce qu’ils sachent ce que pense Paris… »

« Je crains le despotisme de Paris, et je ne veux pas que ceux qui y disposent de l’opinion des hommes qu’ils égarent dominent la Convention nationale et la France entière. Je ne veux pas que Paris, dirigé par des intrigans, devienne dans l’empire français ce que fut Rome dans l’empire romain. »

Lasource – Convention nationale (septembre 1792)

Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des Assemblées Nationales, depuis 1789 Jusqu’en 1815.

« Peu de gens s’avisent d’avoir une notion bien entendue de ce que c’est que l’homme. Les paysans d’une partie de l’Europe n’ont guère d’autre idée de notre espèce que celle d’un animal à deux pieds, ayant une peau bise, articulant quelques paroles, cultivant la terre, payant, sans savoir pourquoi, certains tributs à un autre animal qu’ils appellent roi, vendant leurs denrées le plus cher qu’ils peuvent, et s’assemblant certains jours de l’année pour chanter des prières dans une langue qu’ils n’entendent point.

Un roi regarde assez toute l’espèce humaine comme des êtres faits pour obéir à lui et à ses semblables. Une jeune Parisienne qui entre dans le monde n’y voit que ce qui peut servir à sa vanité; et l’idée confuse qu’elle a du bonheur, et le fracas de tout ce qui l’entoure, empêchent son âme d’entendre la voix de tout le reste de la nature. […]

Je voudrais, dans la recherche de l’homme, me conduire comme j’ai fait dans l’étude de l’astronomie : ma pensée se transporte quelquefois hors du globe de la terre, de dessus laquelle tous les mouvements célestes paraissent irréguliers et confus. Et après avoir observé le mouvement des planètes comme si j’étais dans le soleil, je compare les mouvements apparents que je vois sur la terre avec les mouvements véritables que je verrais si j’étais dans le soleil. De même je vais tâcher, en étudiant l’homme, de me mettre d’abord hors de sa sphère et hors d’intérêt, et de me défaire de tous les préjugés d’éducation, de patrie, et surtout des préjugés de philosophe. »

Voltaire – Traité de métaphysique

« Vous renoncez donc à Paris pour cet hiver, mon cher ami : et moi j’y ai renoncé depuis quinze ans pour le reste de ma vie, et je compte n’avoir véritablement vécu que dans la retraite. On parle à Paris, et on ne pense guère ; la journée se passe en futilités, on ne vit point pour soi, on y meurt oublié sans avoir vécu. »

Voltaire – Correspondance

« Il arrivera bientôt que les provinces prendront leur revanche du mépris que les Parisiens avaient pour elles. Comme on y a moins de dissipation, on y a plus de temps pour lire et pour s’éclairer. »

Voltaire – Correspondance

« Oh! les Parisiens de maintenant, on leur violerait leurs femmes entre les bras… on leur ferait pis, on leur prendrait leur bourse dans la poche, qu’ils seraient ce qu’ils sont, les plus lâches êtres moraux que j’aie vus. »

Goncourt – Journal (1871)

« …la fantastique bêtise des Parisiens. Elle est si inconcevable qu’on est tenté d’admirer la Commune. Non, la démence, la stupidité, le gâtisme, l’abjection mentale du peuple « le plus spirituel de l’univers » dépasse tous les rêves. »

 Gustave Flaubert – Correspondance (1871)

« D’ailleurs, je suis si insolent dans ma manière de penser, j’ai quelquefois des expressions si téméraires, je hais si fort les pédans, j’ai tant d’horreur pour les hypocrites, je me mets si fort en colère contre les fanatiques, que je ne pourrais jamais tenir à Paris plus de deux mois. »

Voltaire – Correspondance (1761)

« Philosopher among the Indians »

         …Lévi-Strauss was a cosmopolitan, impatient with the provincialism of Parisian intellectual life.

« In  1981, a year after Jean-Paul Sartre’s death, a poll of 600 French intellectuals ranked Claude Lévi-Strauss as the most influential thinker in the country. He was now the unchallenged Pope of the Left Bank. To outsiders he appeared to be a quintessentially French philosophe in the tradition of his heroes Rousseau and Chateaubriand.

Emmanuelle Loyer’s splendid biography represents him rather as a new model French intellectual. Like Jacques Lacan, Roland Barthes and Michel Foucault, who were often linked with him – to his displeasure – as fellow structuralists (the “Gang of Four”), Lévi-Strauss operated in the seminar room rather than in the cafés of Montparnasse. But Loyer emphasizes another difference: unlike his most notable contemporaries Lévi-Strauss was a cosmopolitan, impatient with the provincialism of Parisian intellectual life.

Between 1934 and 1947 he was away from France, doing research in Brazil, and then as a wartime exile in New York. Both adventures were completely unplanned, but travel and cosmopolitanism were in any case necessary features of his chosen vocation. Lévi-Strauss argued that the very method of anthropology – “a technique of expatriation” – yields a “view from afar” that must put in question dogmas taken for granted in the West.

During his wartime exile Lévi-Strauss discarded the socialism of his youth. Returning to Paris, he rejected the post-war cults of individualism and creativity that Sartre polished up as existentialism, and Maurice Merleau-Ponty as phenomenology. More radically still, he repudiated the dogmas of progress, the civilizing mission, humanism, and universal human rights. He made his seminar group analyse Sartre’s Critique of Dialectical Reason as a French myth. And he dreamt of “a return to the neolithic”, when life was lived in small collectivities, close to nature. Rather than the rights of man, he proposed “les droits du vivant”. Loyer describes him as a Zen monk, and he is quoted as saying that his dream would be to talk with a bird. »

Adam Kuper

(http://www.the-tls.co.uk/articles/public/philosopher-among-the-indians/)

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