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Ἂνθρωποςἐλεύθερος

„…ἄνθρωπος, φαμέν, ἐλεύθερος ὁ αὑτοῦ ἕνεκα καὶ μὴ ἄλλου ὤν…“

Ἀριστοτέλης – Τὰ μετὰ τὰ φυσικά

« …un être humain, disons-nous, est libre lorsqu’il existe pour lui-même et non pour un autre… »

Aristote – Métaphysique

„Ὑπόθεσις μὲν οὖν τῆς δημοκρατικῆς πολιτείας ἐλευθερία· τοῦτο γὰρ λέγειν εἰώθασιν, ὡς ἐν μόνῃ τῇ πολιτείᾳ ταύτῃ μετέχοντας ἐλευθερίας, τούτου γὰρ στοχάζεσθαί φασι πᾶσαν δημοκρατίαν.“

ἈριστοτέληςΠολιτικά

« Le principe fondamental d’un régime politique démocratique est la liberté — c’est en effet ce qui est dit habituellement, du fait que c’est dans ce seul régime politique qu’on prend part à la liberté, car toute démocratie, dit-on, vise à cela. »

Aristote – Politiques

                               « L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu’on a fait de nous. »

J.-P. Sartre – Saint Genet, comédien et martyr

                             « En fait, nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d’être libres : nous sommes condamnés à la liberté. »

J.-P. Sartre – L’Être et le Néant

“Two terms were the constant watchword of the cities in all their struggles against one another: « autonomy »—the right to conduct the city’s affairs according to its own laws, and « liberty »—non-subjection to any power whatever outside the city.”

Victor Tcherikover – Hellenistic Civilization and the Jews

« Deux termes étaient le constant mot d’ordre des cités dans toutes leurs luttes l’une contre l’autre : « autonomie » — le droit de conduire les affaires de la cité selon ses propres lois, et « liberté » — non-soumission à quelque puissance extérieure à la cité que ce soit. »

„Tout homme né dans l’esclavage nait pour l’esclavage, rien n’est plus certain. Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu’au désir d’en sortir : ils aiment leur servitude comme les compagnons d’Ulisse aimoient leur abrutissement. S’il y a donc des esclaves par nature, c’est parce qu’il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués.“

   „La Souveraineté ne peut être réprésentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, & la volonté ne se réprésente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses réprésentans, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le Peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglois pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts momens de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde.“

J.-J. Rousseau – Du contrat social (1762)

« C’est la société qui trace à l’individu le programme de son existence quotidienne. On ne peut vivre en famille, exercer sa profession, vaquer aux mille soins de la vie journalière, faire ses emplettes, se promener dans la rue ou même rester chez soi, sans obéir à des prescriptions et se plier à des obligations. Un choix s’impose à tout instant ; nous optons naturellement pour ce qui est conforme à la règle. C’est à peine si nous en avons conscience.; nous ne faisons aucun effort. Une route a été tracée par la société ; nous la trouvons ouverte devant nous et nous la suivons ; il faudrait plus d’initiative pour prendre à travers champs. Le devoir, ainsi entendu, s’accomplit presque toujours automatiquement ; et l’obéissance au devoir, si l’on s’en tenait au cas le plus fréquent, se définirait un laisser-aller ou un abandon. D’où vient donc que cette obéissance apparaît au contraire comme un état de tension, et le devoir lui-même comme une chose raide et dure.? C’est évidemment que des cas se présentent où l’obéissance implique un effort sur soi-même. Ces cas sont exceptionnels ; mais on les remarque, parce qu’une conscience intense les accompagne, comme il arrive pour toute hésitation ; à vrai dire, la conscience est cette hésitation même, l’acte qui se déclenche tout seul passant à peu près inaperçu. »

Henri Bergson – Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932)

« Qu’appelle-t-on une nation libre ? On appelle ainsi une nation qui peut se développer matériellement, intellectuellement et moralement sans qu’aucune entrave extérieure ne soit mise à son développement. Si une nation, par voie de conquête ou de tout autre façon fait entrer une autre nation dans sa dépendance, il ne restera de cette autre nation qu’un nombre quelconque d’individus dénationalisés, c’est-à-dire ne pouvant plus exprimer leur forme spéciale d’esprit collectif, c’est-à-dire ayant perdu leur liberté collective.

Qu’arrive-t-il de ces individus eux-mêmes ? Ils sont des vaincus, des conquis, par conséquent sont placés dans un état d’infériorité, et s’ils n’acceptent pas de disparaître, ils perdent leur liberté propre. Que ne disparaissent-ils, dira-t-on, pourquoi restent-ils attachés aux formes anciennes qu’ils ont représentées à un moment de la durée ? […] seuls les groupes humains encore amorphes n’ayant que des caractères imprécis et une vague conscience d’eux-mêmes, sont susceptibles de se laisser absorber.

Les groupes fortement constitués et homogénéisés, ayant des caractères arrêtés et une nette conscience d’eux-mêmes, résistent forcément. Il en est des collectivités comme des hommes, les faibles cèdent, les forts persistent. »

Bernard Lazare – Le Nationalisme Juif

Quand une nation connaît les arts, quand elle n’est point subjuguée et transportée par les étrangers, elle sort aisément de ses ruines, et se rétablit toujours.

Voltaire

His experience of French politics had taught him that whenever the enemy seeks control, he makes a point of using some oppressed element of the population as his lackeys and henchmen, rewarding them with special privileges, as a kind of sop.

Hannah Arendt – The Jew as Pariah: A Hidden Tradition

Son expérience de la politique française lui avait enseigné que chaque fois que l’ennemi cherche à dominer, il ne manque pas d’utiliser certains éléments opprimés de la population en tant que laquais et que sbires, les récompensant avec des privilèges spéciaux, comme une sorte d’os à ronger.

« Plût à Dieu, madame, pour le bien que je vous veux, qu’on eût pu au moins copier fidèlement le Conte du tonneau, du doyen Swift! c’est un trésor de plaisanterie dont il n’y a point d’idée ailleurs. Pascal n’amuse qu’au dépens des jésuites, Swift divertit et instruit aux dépens du genre humain. Que j’aime la hardiesse anglaise ! que j’aime les gens qui disent ce qu’ils pensent ! C’est ne vivre qu’à demi que de n’oser penser qu’à demi. »

Voltaire

Si mon hypothèse est exacte, il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l’asservissement. L’emploi de l’écriture à des fins désintéressées, en vue de tirer des satisfactions intellectuelles et esthétiques, est un résultat secondaire, si même il ne se réduit pas le plus souvent à un moyen pour renforcer, justifier ou dissimuler l’autre.

 Si l’écriture n’a pas suffi à consolider les connaissances, elle était peut-être indispensable pour affermir les dominations. Regardons plus près de nous : l’action systématique des États européens en faveur de l’instruction obligatoire, qui se développe au cours du XIXe siècle, va de pair avec l’extension du service militaire et la prolétarisation. La lutte contre l’analphabétisme se confond ainsi avec le renforcement du contrôle des citoyens par le Pouvoir. Car il faut que tous sachent lire pour que ce dernier puisse dire : nul n’est censé ignorer la loi.

Claude Lévi-Strauss – Tristes tropiques (1955)

 “Ceterum libertas et speciosa nomina praetexuntur; nec quisquam alienum servitium et dominationem sibi concupivit ut non eadem ista vocabula usurparet.”

Cornelius Tacitus

     « Mais en réalité, la liberté et les mots spécieux sont invoqués comme prétextes ; et de tous ceux qui désirent ardemment pour eux-mêmes la domination et l’asservissement des autres, il n’en est aucun qui ne fait usage de termes de ce genre. »

« There Are No True Rebels »

« We follow others no matter how hard we try. »

http://nautil.us/issue/41/selection/there-are-no-true-rebels

« Bad faith, Sartre explains in “Being and Nothingness,” is the opposite of authenticity. Bad faith becomes possible because a human being cannot simply be what he or she is, in the way that an inkwell simply is an inkwell. Rather, because we are free, we must “make ourselves what we are.” In a famous passage, Sartre uses as an example a cafe waiter who performs every part of his job a little too correctly, eagerly, unctuously. He is a waiter playing the role of waiter. But this “being what one is not” is an abdication of freedom; it involves turning oneself into an object, a role, meant for other people. To remain free, to act in good faith, is to remain the undefined, free, protean creatures we actually are, even if this is an anxious way to live. »

« La mauvaise foi, explique Sartre dans “L’Etre et le Néant”, est à l’opposé de l’authenticité. La mauvaise foi devient possible parce qu’un être humain ne peut pas être simplement ce qu’il ou elle est, de la façon dont un encrier est simplement un encrier. Plutôt, parce que nous sommes libres, nous devons « faire nous-mêmes ce que nous sommes ». Dans un passage célèbre, Sartre utilise comme exemple un garçon de café qui effectue chaque partie de son travail un peu trop bien, avec enthousiasme, onctueusement. C’est un serveur jouant le rôle de serveur. Mais cet « être ce qu’on est pas » est une abdication de la liberté ; cela implique se transformer en un objet, un rôle, destiné à d’autres personnes. Rester libre, agir de bonne foi, c’est rester les créatures indéfinies, libres, protéiformes que nous sommes réellement, même si cela est une manière de vivre angoissante. »

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