« Kaoutar Harchi dévoile l’ethnocentrisme de l’institution littéraire française »

   …elle estime que règne en France un régime dominant des écrivains français dû à la supériorité même de la langue française. Selon elle, la langue entretiendrait un rapport étroit avec “la nation”, expression nationale éloignant en cela ces écrivains algériens d’une reconnaissance pleine et entière.

« Dans son essai “Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve”, la sociologue Kaoutar Harchi s’interroge sur la réception des écrivains algériens francophones : “Suffit-il d’écrire dans la langue de Molière pour être reconnu comme un écrivain français ?” »

« la langue entretiendrait un rapport étroit avec “la nation”, expression nationale éloignant en cela ces écrivains algériens d’une reconnaissance pleine et entière. “La culture littéraire française a ceci de fascinant qu’elle organise un espace spécifique, l’espace de création, tout en épousant l’imaginaire national.”

« Malentendus, incompréhensions de la critique française des récits d’écrivains algériens, elle dresse un constat accablant sur la sphère littéraire. Les inégalités dans l’espace littéraire seraient, selon elle, directement liées à une forme d’ethnocentrisme français, parfois source de mauvaise interprétation des récits étrangers. »

“la création littéraire devient la source vive d’un contre-discours historique” explique Kaoutar Harchi. Un contre-discours qui selon elle, peut déplaire, et froisser l’institution littéraire française. »

Aurore Cros – Les Inrocks (France) (12/09/2016)

http://www.lesinrocks.com/2016/09/12/livres/kaoutar-harchi-devoile-lethnocentrisme-de-linstitution-litteraire-francaise-11863966/

« « J’écris en français pour dire aux Français que je ne suis pas français » clamait, frondeur, l’écrivain algérien Kateb Yacine. Dans l’essai de Kaoutar Harchi, « Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne – Des écrivains à l’épreuve »,dont le titre est emprunté au philosophe Jacques Derrida, la sociologue prolonge la réflexion de l’auteur du « Polygone étoilé » et de « Nedjma » pour analyser ce qu’implique le choix plus ou moins imposé d’écrire une langue qui est héritée de l’histoire politique de la colonisation et qui se pense, depuis l’époque romantique ayant achevé le sacre de l’écrivain, comme le vecteur d’une littérature universelle. »

« C’est ainsi qu’à l’occasion de l’année culturelle consacrée à l’Algérie, en 2003, une pièce de théâtre en hommage à Kateb Yacine fut montée à la Comédie-Française mais sans que l’auteur n’entrât pour autant au Répertoire de cette vénérable institution dont l’ethnocentrisme trouve sans doute ses racines dans sa création par Louis XIV. Le caractère hégémonique de cet absolutisme politique dont les ramifications vont jusqu’à la sphère culturelle et artistique reste d’ailleurs toujours d’actualité. »

Olivier Rachet – Le Site info (Maroc)

http://olrach.overblog.com/2016/09/le-monolinguisme-de-l-autre.html

« Pourquoi, selon vous, la ­reconnaissance de ces cinq écrivains n’a-t-elle jamais été « pleine et entière » ?

Cela s’explique par l’organisation hiérarchique du champ littéraire français. Au sein de ce champ, le rapport à la langue est fondamental. Très globalement, deux régimes coexistent. D’un côté, le régime dominant des écrivains français, nés en France, ayant la langue française pour langue maternelle et respectant totalement la cohérence du schéma territoire/langue/mœurs/culture.

De l’autre, un régime subalterne… »

http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/08/31/kaoutar-harchi-un-sentiment-de-marginalisation-litteraire_4990586_3260.html#qbDtatYy3Pw4SVho.99

Quand je l’ai donné à l’éditeur, il y avait 400 pages, il m’a demandé de couper (…) J’ai amené mes premières ébauches de Nedjma au Seuil et je me souviens de la réflexion du lecteur – je ne dirai pas son nom – : C’est trop compliqué ça. En Algérie, vous avez de si jolis moutons, pourquoi vous ne parlez pas des moutons ?”

Kateb Yacine

Conversation avec Boualem Sansal

Je suis plus libre pour parler en Algérie qu’en France.

http://www.lemonde.fr/festival/video/2016/09/21/le-monde-festival-en-video-conversation-avec-boualem-sansal_5001412_4415198.html

Publicités