Ὁρῶ γὰρ ἅπαντας πρὸς τὴν παροῦσαν δύναμιν τῶν δικαίων ἀξιουμένους.

Δημοσθένης (Démosthène)

     J’observe en effet que tous <les êtres humains> obtiennent le <respect> de leurs droits en proportion de la force dont ils disposent.

     “Ceterum libertas et speciosa nomina praetexuntur; nec quisquam alienum servitium et dominationem sibi concupivit ut non eadem ista vocabula usurparet.”

Cornelius Tacitus

     « Mais en réalité, la liberté et les mots spécieux sont invoqués comme prétextes ; et de tous ceux qui désirent ardemment pour eux-mêmes la domination et l’asservissement des autres, il n’en est aucun qui ne fait usage de termes de ce genre. »

     « L’Allemagne s’est annexé par la force des Polonais, des Danois et des Lorrains de langue française auxquels elle impose l’usage de la langue allemande, acte de violence qui va contre les principes démocratiques et contre lequel proteste le sentiment universel. »

Antoine Meillet – Les langues dans l’Europe nouvelle (1918)

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Extraits du Tractatus politico-philosophicus, dernière partie de La domination française

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On peut télécharger gratuitement  les 63 premières pages en version numérique et les lire avec le logiciel Kindle également disponible gratuitement.

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I – « Génocide » : “Bloodless Genocide”

II – « République » : « une & indivisible »

III – « Souveraineté » : “ius dominandi” (droit de domination) – “imperium” (empire)

IV – « Démocratie » : “ἐλευθερία” (liberté)

V – « Fédéralisme » : “fœdŭs, fœderis, n.” (pacte, traité, alliance, convention)

VI – “Speciosa nomina” : « mots spécieux »

VII – « Double langage » : « fourberie » – « tartuferie » – « hypocrisie » – « imposture »

VIII – Le droit, c’est la force : “τὸ δίκαιον” = “ἡ δύναμις”

IX – « Pouvoir arbitraire » : « Politique de l’assimilation » – “fasces” (les faisceaux)

X – « Inconscient colonial » : L’odyssée virgilienne de la race française

XI – « Nationalisme » : “Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”

XII – Bretagne : “Les corps ont des privilèges, les nations ont des droits.”

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I – « GÉNOCIDE » : “BLOODLESS GENOCIDE”

Sans doute on parviendra quelques jours à extirper cette espèce d’argot, ce jargon tudesco-hébraïco-rabbinique dont se servent les Juifs allemands, qui n’est intelligible que pour eux, et ne sert qu’à épaissir l’ignorance ou à masquer la fourberie.

Abbé Grégoire – Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs (1789)

              Nous n’avons plus de provinces, & nous avons encore environ trente patois qui en rappellent les NOMS.

…les vraies dénominations prévaudront même parmi les ci-devant Basques & Bretons, à qui le gouvernement aura prodigué ses moyens : & sans pouvoir assigner l’époque fixe à laquelle ces idiômes auront entièrement disparu, on peut augurer qu’elle est prochaine.

Abbé Grégoire – Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française (1794)

     « Les races conquérantes les plus habiles ont compris la nécessité de ne pas heurter les croyances de leurs sujets et de respecter leurs institutions. Les Français, au contraire, essayent de transformer les sociétés indigènes avant même d’avoir assis leur conquête. Ils professent que les institutions, les croyances, les langues même, entretiennent l’hostilité des indigènes contre le nouvel état de choses, et que pour obtenir leur sympathie ou leur résignation, il n’y a qu’une méthode efficace : l’assimilation. »

Léopold de Saussure – Psychologie de la Colonisation Française dans ses Rapports avec les Sociétés Indigènes (1899)

     « Nulle part, en aucune circonstance, le conquérant ne doit négliger ou mépriser la langue indigène, ni laisser s’anémier son enseignement, surtout dès qu’elle possède une écriture, une littérature et une histoire, et, s’il le fait, volontairement ou par indifférence, il se rend coupable de la plus imprévoyante, de la plus inintelligente et de la plus immorale des actions. »

Jules Harmand – Domination et Colonisation (1910)

     « On ne répand pas une langue par la force : en imposant sa culture aux Slesvigois qu’elle s’est annexés par la violence, comme aux Polonais de Poznanie ou aux Lorrains de Metz, l’Allemagne se fait un tort moral dont elle ne mesure pas l’étendue. »

« L’Allemagne s’est annexé par la force des Polonais, des Danois et des Lorrains de langue française auxquels elle impose l’usage de la langue allemande, acte de violence qui va contre les principes démocratiques et contre lequel proteste le sentiment universel. »

Antoine Meillet – Les langues dans l’Europe nouvelle (1918)

     „Pour liquider les peuples, disait Hübl, on commence par leur enlever la mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Et quelqu’un d’autre leur écrit d’autres livres, leur donne une autre culture et leur invente une autre Histoire. Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu’il est et ce qu’il était. Le monde autour de lui l’oublie encore plus vite.

     – Et la langue ?

     – Pourquoi nous l’enlèverait-on ? Ce ne sera plus qu’un folklore qui mourra tôt ou tard de mort naturelle.“

Milan Kundera – Le livre du rire et de l’oubli

     « Le Dalaï Lama, lui, conscient des réalités internationales et des rapports de force, ne réclame que le statut d’autonomie pour le Tibet, la sauvegarde de son identité culturelle, si importante dans le concert des civilisations, et le respect des droits fondamentaux des Tibétains. Mettre un terme à un régime d’oppression et à un GÉNOCIDE CULTUREL, instaurer un régime d’auto-gouvernement et amener l’État de droit au Tibet, … »

Robert Badinter – Hommage au Dalaï Lama (2009)

     “The question of cultural identity in Vergil is intimately tied up with the establishment of the law. With Juno’s reconciliation, her mythical violence is transformed into lawmaking violence; it results in the fated establishment of a new world power. The agreement, however, comes at the price of yet another kind of violence: the destruction of Trojan culture. Difference in language and clothing is what marks the conquered peoples on the shield of Aeneas, and these are things the Trojans must give up, as if conquered. Juno effectively achieves a bloodless genocide under the name of peace and the establishment of the law.”

Michèle Lowrie – Vergil and Founding Violence

     « La question de l’identité culturelle chez Virgile est intimement liée à l’instauration de la loi. Avec la réconciliation de Junon, sa violence mythique est transformée en violence légiférante ; elle aboutit à l’établissement, conformément au destin, d’une nouvelle puissance mondiale. L’accord, cependant, est au prix d’une autre forme de violence encore : la destruction de la culture troyenne. Une différence de langue et d’habillement est ce qui distingue les peuples conquis sur le bouclier d’Énée, et ce sont les choses que les Troyens doivent abandonner, comme s’ils étaient conquis. Junon, de fait, accomplit un génocide sans effusion de sang sous le nom de la paix et de l’instauration de la loi. »

Illud te, nulla fati quod lege tenetur,

pro Latio obtestor, pro maiestate tuorum :

cum iam conubiis pacem felicibus, esto,

component, cum iam leges et foedera iungent,

ne vetus indigenas nomen mutare Latinos

neu Troas fieri iubeas Teucrosque vocari

aut vocem mutare viros aut vertere vestem.

Sit Latium, sint Albani per saecula reges,

sit Romana potens Itala virtute propago ;

occidit, occideritque sinas cum nomine Troia.

Publius Vergilius Maro – Aenēis (XII – 819-828)

Ceci seulement — qui n’est interdit par aucune loi du destin —

je t’en conjure pour le Latium, pour la dignité des tiens :

dès lors qu’ils auront conclu la paix et <contracté> d’heureux mariages —

j’y consens — dès lors que les lois et les traités les uniront :

que les Latins indigènes ne changent pas leur ancien nom.

N’impose pas qu’ils deviennent Troyens et soient appelés Teucriens,

ni que ces hommes changent de langue, ni qu’ils modifient leur habillement.

Que le Latium continue d’exister, que les rois albains règnent pendant des siècles, que la race romaine devienne puissante par ses qualités italiennes.

Troie est anéantie, permets qu’elle soit anéantie avec son nom.

II – « RÉPUBLIQUE » : « UNE & INDIVISIBLE »

« Il est peut-être fâcheux que le libérateur Bolivar ait une prédilection si décidée pour la république une et indivisible : nous avons appris dans ce pays-ci à redouter cette effrayante unité. Et puis ses présidens héréditaires ressemblent beaucoup à des rois sans diadème. Toute cette centralisation n’est bonne que sous le régime militaire, où le chef est le seul qui ait le droit d’avoir une opinion… »

Héléna-Maria Williams – Souvenirs de la Révolution française (1827)

     « Ne faisons point à nos frères du Midi l’injure de penser qu’ils repousseront aucune idée utile à la patrie : ils ont abjuré & combattu le fédéralisme politique ; ils combattront avec la même énergie celui des idiômes. Notre langue & nos cœurs doivent être à l’unisson. »

« Mais au moins on peut uniformer le langage d’une grande nation, de manière que tous les citoyens qui la composent, puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées. Cette entreprise, qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de l’organisation sociale, & qui doit être jaloux de consacrer au plutôt, dans une République une & indivisible, l’usage unique & invariable de la langue de la liberté. »

Abbé Grégoire – Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française

III – « SOUVERAINETÉ » : “IUS DOMINANDI” : DROIT DE DOMINATION – “IMPERIUM” : EMPIRE

“O quam magnis homines tenentur erroribus qui ius dominandi trans maria cupiunt permittere felicissimosque se iudicant si multas milite provincias obtinent et novas veteribus adiungunt, ignari, quod sit illud ingens parque dis regnum. Imperare sibi maximum imperium est. Doceat me quam sacra res sit iustitia alienum bonum spectans, nihil ex se petens nisi usum sui. Nihil sit illi cum ambitione famaque: sibi placeat.”

Lucius Annaeus Seneca – Epistulae morales ad Lucilium

     « Ô, combien ces hommes sont prisonniers de grandes erreurs, qui désirent étendre leur droit de domination au-delà des mers et ne se jugent pleinement heureux que s’ils contrôlent militairement de nombreuses provinces et en ajoutent de nouvelles aux anciennes — ignorant qu’existe un royaume immense et égal aux dieux. Être maître de soi est le plus grand des empires. Qu’il m’enseigne quelle chose sacrée est la justice qui se soucie du bien d’autrui, n’aspirant d’elle-même à rien d’autre qu’à l’usage de soi. Qu’elle n’ait rien à voir avec l’ambition et la renommée et trouve sa satisfaction en elle-même. »

« Telle est donc la condition humaine que souhaiter la grandeur de son pays, c’est souhaiter du mal à ses voisins. Celui qui voudrait que sa patrie ne fût jamais ni plus grande, ni plus petite, ni plus riche, ni plus pauvre, serait le citoyen de l’univers. »

Voltaire – Patrie (Dictionnaire Philosophique)

IV – « DÉMOCRATIE » : “ἐλευθερία” : LIBERTÉ

Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.

Sieyès – Discours du 7 septembre 1789

     „Tout homme né dans l’esclavage nait pour l’esclavage, rien n’est plus certain. Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu’au désir d’en sortir : ils aiment leur servitude comme les compagnons d’Ulisse aimoient leur abrutissement. S’il y a donc des esclaves par nature, c’est parce qu’il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués.“

„La Souveraineté ne peut être réprésentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, & la volonté ne se réprésente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses réprésentans, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le Peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglois pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts momens de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde.“

J.-J. Rousseau – Du contrat social (1762)

V – « FÉDÉRALISME » : “FŒDŬS, FŒDERIS, N.” : PACTE, TRAITÉ, ALLIANCE, CONVENTION

Ne faisons point à nos frères du Midi l’injure de penser qu’ils repousseront aucune idée utile à la patrie : ils ont abjuré & combattu le fédéralisme politique ; ils combattront avec la même énergie celui des idiômes.

Abbé Grégoire – Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française

     “Federalism: It is coordination instead of subordination; association instead of hierarchical order; independent forces curbing each other; balance, therefore, liberty.”

John Dalberg-Acton

     « Fédéralisme : C’est une coordination au lieu d’une subordination ; une association au lieu d’un ordre hiérarchique ; des forces indépendantes se limitant les unes les autres ; un équilibre, par conséquent, la liberté. »

VI – “SPECIOSA NOMINA” : « MOTS SPÉCIEUX »

     “Ceterum libertas et speciosa nomina praetexuntur; nec quisquam alienum servitium et dominationem sibi concupivit ut non eadem ista vocabula usurparet.”

Cornelius Tacitus

     « Mais en réalité, la liberté et les mots spécieux sont invoqués comme prétextes ; et de tous ceux qui désirent ardemment pour eux-mêmes la domination et l’asservissement des autres, il n’en est aucun qui ne fait usage de termes de ce genre. »

« La soif d’inégalité semble un besoin irréductible de la nature humaine. On sait avec quelle ardeur les Conventionnels échappés à la guillotine sollicitaient de Napoléon des titres nobiliaires. Le rêve égalitaire qui les avaient conduits à tant de massacres n’était donc en réalité qu’un violent désir d’inégalité à leur profit. L’histoire n’a pas encore cité, d’ailleurs, de pays où régnât l’égalité. »

Gustave Le Bon – Les Incertitudes de l’heure présente

     « Les mots! les mots! On a brûlé au nom de la charité, on a guillotiné au nom de la fraternité. Sur le théâtre des choses humaines, l’affiche est presque toujours le contraire de la pièce. »

« Dans la langue de la bourgeoisie, la grandeur des mots est en raison directe de la petitesse des sentiments. »

Edmond et Jules de Goncourt – Idées et sensations

     “The modern infatuation with ancient Greece and Rome stems from the so-called Renaissance of the fifteenth century, the historical moment when a new myth of European cultural ancestry was constructed. The development and embellishment of this ancestral myth was linked to the production of both a field of “cultural capital” marshaled in processes of class differentiation within European societies and an imperialist discourse providing an ideological engine (or rationalization) for European colonialism abroad.”

« L’engouement moderne pour les anciennes Grèce et Rome provient de la dite Renaissance du quinzième siècle, moment historique où un nouveau mythe d’ascendance culturelle européenne fut construit. Le développement et l’embellissement de ce mythe ancestral étaient liés à la production à la fois d’un champ de “capital culturel” mobilisé dans des processus de différenciation de classes au sein des sociétés européennes et d’un discours impérialiste fournissant un moteur idéologique (ou une rationalisation) pour le colonialisme européen à l’étranger. »

“This legacy was interpreted by each of the modern European states that saw itself as the legitimate heir to Greco-Roman civilization as a mandate to continue an inherited mission to “civilize” the “barbarian” world and as an ideological model for its own imperial practices.”

« Cet héritage fut interprété par chacun des États européens modernes, qui se voyait lui-même comme l’héritier légitime de la civilisation gréco-romaine, comme un mandat pour poursuivre la mission héritée de “civiliser” le monde “barbare” et comme un modèle idéologique pour ses propres pratiques impériales. »

Michael Dietler – Colonial Encounters in Iberia and the Western Mediterranean: An Exploratory Framework (Colonial Encounters in Ancient Iberia. Phoenician, Greek, and Indigenous Relations)

VII – « DOUBLE LANGAGE » : « FOURBERIE » – « TARTUFERIE » – « HYPOCRISIE » – « IMPOSTURE »

Il passe pour un saint dans votre fantaisie :

Tout son fait, croyez-moi, n’est rien qu’hypocrisie.

Molière – Tartuffe (I, 1)

D’ailleurs, je suis si insolent dans ma manière de penser, j’ai quelquefois des expressions si téméraires, je hais si fort les pédans, j’ai tant d’horreur pour les hypocrites, je me mets si fort en colère contre les fanatiques, que je ne pourrais jamais tenir à Paris plus de deux mois.

Voltaire – Correspondance

Les masques à la longue collent à la peau. L’hypocrisie finit par être de bonne foi.

Edmond et Jules de Goncourt – Idées et sensations

…l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle.

Molière – Dom Juan, ou Le Festin de pierre (V, 2) (1665)

« On ne répand pas une langue par la force »

     « On ne répand pas une langue par la force : en imposant sa culture aux Slesvigois qu’elle s’est annexés par la violence, comme aux Polonais de Poznanie ou aux Lorrains de Metz, l’Allemagne se fait un tort moral dont elle ne mesure pas l’étendue. »

« L’Allemagne s’est annexé par la force des Polonais, des Danois et des Lorrains de langue française auxquels elle impose l’usage de la langue allemande, acte de violence qui va contre les principes démocratiques et contre lequel proteste le sentiment universel. »

« Tout impose au Français d’aujourd’hui l’usage du français commun. »

     « …toute la machinerie de l’Etat moderne qui prend l’individu à sa naissance et le tient jusqu’à sa mort impose l’usage et la connaissance de la langue commune. »

« Le français commun est la langue de l’administration ; c’est la seule langue qui puisse s’employer avec les agents de l’Etat. »

« Le français est la langue de l’école. […] tous les enfants, à peu d’exceptions près, subissent maintenant l’action de l’école… »

« Le français est la langue de l’armée. »

« Unique langue de l’État, de la littérature et des grandes affaires, unique langue de tous les hommes cultivés et de tous les personnages influents, le français commun est la seule langue qui ait en France un prestige. C’est une tare que de ne pas le parler et l’écrire correctement. »

« Les parlers bretons, flamands ou provençaux, s’éliminent simplement. »

Antoine Meillet – Les langues dans l’Europe nouvelle (1918)

VIII – LE DROIT, C’EST LA FORCE : “τὸ δίκαιον” = “ἡ δύναμις”

     Ὁρῶ γὰρ ἅπαντας πρὸς τὴν παροῦσαν δύναμιν τῶν δικαίων ἀξιουμένους.

Δημοσθένης

     J’observe en effet que tous <les êtres humains> obtiennent le <respect> de leurs droits en proportion de la force dont ils disposent.

Démosthène

     IX – « POUVOIR ARBITRAIRE » : « POLITIQUE DE L’ASSIMILATION » – “FASCES” : LES FAISCEAUX

     « La politique de l’assimilation repose sur un raisonnement très séduisant et qui aura toujours accès dans l’esprit latin, tant que les dogmes philosophiques dont il est imprégné n’auront pas été modifiés. Si les indigènes, nous disons-nous, se montrent réfractaires aux bienfaits de la civilisation que nous leur apportons, c’est que leurs préjugés ne leur ont pas encore permis de comprendre les avantages qu’ils pourront en retirer. Ces préjuges sont entretenus chez eux par les vestiges de leur ancien état, par leurs croyances, leurs institutions, leurs langues. Supprimons ces restes d’un passé aboli. S’ils sont trop invétérés dans la génération actuelle, adressons-nous par l’éducation aux générations futures. Enseignons aux enfants notre langue, inculquons-leur nos idées et la France comptera bientôt par millions, sinon de nouveaux citoyens, du moins des sujets fidèles et reconnaissants.

     Ce raisonnement, en apparence habile et généreux, est en réalité inapplicable, oppressif et aussi nuisible à nos intérêts qu’à ceux de nos sujets. »

« De même que les anciens conquérants espagnols voyaient dans les curieuses civilisations de l’Amérique centrale des pratiques diaboliques indignes d’être respectées et qu’il importait de vouer à une destruction immédiate, de même, dans les civilisations de l’Indo-Chine, dans ces monuments de la tradition et de la sagesse de peuples très affinés, nous ne voyons que des institutions hostiles à notre domination et que nous nous efforçons de saper pour transformer ces races à l’image de la nôtre.

La colonisation espagnole était basée sur l’assimilation par les croyances religieuses au nom d’un idéal dogmatique et absolu.

La colonisation française est basée sur l’assimilation politique et sociale au nom d’un idéal non moins dogmatique et non moins absolu. »

« Les races conquérantes les plus habiles ont compris la nécessité de ne pas heurter les croyances de leurs sujets et de respecter leurs institutions. Les Français, au contraire, essayent de transformer les sociétés indigènes avant même d’avoir assis leur conquête. Ils professent que les institutions, les croyances, les langues même, entretiennent l’hostilité des indigènes contre le nouvel état de choses, et que pour obtenir leur sympathie ou leur résignation, il n’y a qu’une méthode efficace : l’assimilation. »

« Il ne faut donc pas s’étonner de l’importance prépondérante que les assimilateurs attachent à la destruction des langues indigènes. Au congrès de 1889 aucun d’eux ne s’inquiète de la lenteur de notre organisation coloniale ; par contre, la question de la diffusion de notre langue tient la plus large place dans leurs délibérations. »

« Pénétrée de cette idée consacrée par la Révolution, qu’il existe une formule absolue pour faire le bonheur des peuples, formule indépendante des temps et des lieux, la France s’attribue la mission d’en hâter l’avènement chez ses sujets. Elle est persuadée que sa gloire et ses intérêts sont également liés à la réalisation de cet idéal et l’assimilation morale des races les plus hétérogènes sur lesquelles elle a étendu sa souveraineté lui apparaît non seulement comme le but, mais surtout comme le moyen de sa domination. »

Léopold de Saussure – Psychologie de la Colonisation Française dans ses Rapports avec les Sociétés Indigènes (1899)

X – « INCONSCIENT COLONIAL » : L’ODYSSÉE VIRGILIENNE DE LA RACE FRANÇAISE

     « J’aurais atteint mon but, si ce livre contribuait à répandre et à préciser les raisons que nous avons d’admirer et d’aimer Virgile et de voir en lui non seulement un des plus beaux génies, mais le plus noble inspirateur de notre art, le père de notre poésie moderne, celui dont l’œuvre réfléchit déjà, comme le bouclier d’Énée, toute la gloire et l’humanité de la civilisation latine. Lorsque j’ai commencé d’y travailler, nous sortions à peine du plus rude péril qui ait jamais menacé la France, héritière de Rome et tout ce que représentent dans le passé et dans le présent Rome et la France. »

« Dans la guerre sournoise que les historiens, les philosophes, les philologues allemands ont menée si longtemps contre nous, et qui a précédé la ruée barbare, la cause de Virgile a été la nôtre. »

André Bellessort – Virgile, son œuvre et son temps (1920)

     « Notre expansion coloniale, comme toutes les réformes utiles, dépend donc d’abord de l’éducation de la masse.

Pour éduquer la masse, le concours de la presse est indispensable.

On doit avouer que, sur ce point, tous les grands quotidiens ne font pas leur devoir. L’information coloniale est, neuf fois sur dix, jetée au panier. La rubrique coloniale d’un journal, quand elle existe, est d’ordinaire tenue par un jeune rédacteur dont c’est la besogne accessoire. Il s’écoule parfois des semaines sans qu’un organe quotidien publie, non point un article (ce serait trop beau), mais un maigre entrefilet de dix lignes ayant trait à l’une de nos colonies. N’est-ce pas navrant ?

Le premier effort doit être tenté du côté de la presse ; le second, du côté de l’école.

La place que tiennent les colonies à l’école est à peu près nulle. Dans les écoles communales, on trouve encore, à vrai dire, des maîtres consciencieux qui s’efforcent de faire connaître à leurs élèves nos colonies. Dans les lycées, c’est le néant.

Le professeur d’histoire parle brièvement à ses élèves en seconde de Montcalm et de Dupleix, jamais de Savorgnan de Brazza, de Gallieni ni de Doudart de Lagrée. Si bien, ou plutôt si mal, que nos enfants savent comment nous avons perdu le Canada et l’Empire des Indes, mais qu’ils ignorent comment nous avons acquis notre domaine colonial actuel.

Pourquoi ? C’est que le programme d’histoire part en philosophie de 1815. Jamais le professeur ne parvient à aborder la guerre de 1870. Comment traiterait-il de la troisième République et de son œuvre coloniale ?

Dans les programmes de géographie, les colonies sont, si possible, encore moins bien partagées. On a joint leur étude à celle de la France, dans les classes de quatrième et de première. De telle sorte qu’elles ne sont étudiées que lorsque le professeur a épuisé la description de la France continentale, ce qui n’arrive pour ainsi dire jamais.

Aussi les bacheliers font-ils montre, en matière coloniale, d’une insuffisance qui frise le comique, allant jusqu’à confondre des caps avec des villes et des fleuves avec des montagnes.

Comment donner au lycée un bagage suffisant de connaissances sur nos possessions d’outre-mer ? […]

En résumé, les efforts qui tendront à créer en France « une mentalité impériale » doivent provenir de tous, mais en particulier des pouvoirs publics. […] Or, c’est chez eux que l’on observe, à cet égard, le plus d’indifférence, je dirais presque le plus de répugnance.

Les assises de notre empire colonial sont en France même, bien plus qu’aux colonies.

Elles devraient reposer sur les intelligences et sur les cœurs de tous les Français. Voilà la première tâche à accomplir. « Je suis homme, disait Térence, et pense que rien d’humain ne doit m’être étranger. » Possesseurs de superbes colonies, tous les Français devraient être instruits à répéter : « Tout ce qui est colonial est nôtre. »

Léon Archimbaud, député de la Drôme – La plus grande France (1928)

XI – « NATIONALISME » : « LE DROIT DES PEUPLES A DISPOSER D’EUX-MÊMES »

     « Suis-je ainsi en contradiction avec les idées internationalistes ? Aucunement. Comment m’accorderai-je donc avec elles ? Simplement en me gardant de donner aux mots une valeur et un sens qu’ils n’ont pas. Quand les socialistes combattent le nationalisme, ils combattent en réalité le protectionnisme et l’exclusivisme national ; ils combattent ce patriotisme chauvin, étroit, absurde, qui conduit les peuples à se poser les uns en face des autres comme des rivaux ou des adversaires décidés à ne s’accorder ni grâce ni merci. […] Que suppose maintenant l’internationalisme ? Mais il suppose évidemment des nations. Que signifie être internationaliste ? Cela signifie établir entre les nations des liens non pas d’amitié diplomatique, mais de fraternité humaine. Être internationaliste, cela veut dire abolir la constitution économico-politique des nations actuelles, car cette constitution n’est faite que pour défendre les intérêts privés des peuples, ou plutôt de leurs gouvernants, aux dépens des peuples voisins ; supprimer les frontières, ce n’est pas faire un unique amalgame de tous les habitants du globe. Une des conceptions familières du socialisme international et même de l’anarchisme révolutionnaire, n’est-elle pas la conception fédérative, la conception d’une humanité fragmentée, composée d’une multitude d’organismes cellulaires. […] actuellement, c’est en vertu de principe traditionnels, que les hommes veulent s’agréger. Ils invoquent pour cela certaines identités d’origine, leur commun passé, des façons semblables d’envisager les phénomènes, les êtres et les choses ; une histoire, une philosophie commune. Il est nécessaire de leur permettre de se réunir. […] »

Bernard Lazare – Le Nationalisme Juif

XII – BRETAGNE : « LES CORPS ONT DES PRIVILÈGES, LES NATIONS ONT DES DROITS. »

    « J’ai dit que ce n’était pas un privilège, que les corporations avaient des privilèges (elles en avaient à cette époque), mais que les nations avaient des droits… »

Le Chapelier (1788)

Les corps ont des privilèges, les nations ont des droits.

     « Lorsque Anne de Bretagne épousa successivement les rois Charles VIII et Louis XII ; lorsque les Bretons, assemblés à Vannes en 1532, consentirent à l’union de leur duché à la couronne de France, le maintien de leur antique constitution fut garanti par des contrats solennels, renouvelés tous les deux ans, toujours enregistrés au parlement de Rennes, en vertu de lettres-patentes, dont les dernières sont du mois de mars 1789.

« Ces contrats, que des ministres audacieux ont quelquefois enfreints, mais dont la justice de nos rois a toujours rétabli l’exécution, portent unanimement que non-seulement les impôts, mais encore tout changement dans l’ordre public de Bretagne, doivent être consentis par l’Etat de cette province.

« La nécessité de ce consentement fut la principale et en quelque sorte la seule barrière que les Bretons opposèrent si courageusement aux édits du mois de mai 1788, et notamment à celui qui mettait tous les parlements du royaume en vacances. Cinquante-quatre députés des trois ordres, envoyés à la cour de toutes les parties de la province, les commissions intermédiaires des Etats et les corporations réclamèrent unanimement cette loi constitutionnelle. Tous les avocats de Rennes, dont plusieurs siègent dans cette Assemblée, disaient alors au Roi : Vous ne laisserez pas subsister des projets qui, quand ils n’offriraient que des avantages, ne pourraient être exécutés sans le consentement des Etats ; nos franchises sont des droits, et non pas des privilèges, comme on a persuadé à Votre Majesté de les nommer, pour la rendre moins scrupuleuse à les enfreindre. Les corps ont des privilèges, les nations ont des droits. »

La Houssaye, magistrat de la chambre des vacations de Rennes (8 janvier 1790)

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